Le Troisième Reich a créé une machine médiatique pour contrôler les esprits, dont l’un des moteurs était la suppression physique de toute dissidence. Toutes les publications du Troisième Reich étaient contrôlées d’en haut, ceux qui n’étaient pas d’accord poursuivis et les rédacteurs en chef menacés de camp de concentration pour non obéissance. Malgré la pression qui a commencé sous la République de Weimar, la presse allemande est restée vivante et variée jusqu’au début des années 1930. Il a fallu seulement six ans pour que la presse se mette entièrement au service du régime. Découvrez le fonctionnement des médias nazis dans cet article du projet spécial «Nuremberg. Le début de la paix».

Allemagne de Weimar: 300 journaux en moins

Même dans l’entre-deux-guerres, les autorités voyaient une menace dans la presse libre. Adoptée en 1919, la Constitution de la République de Weimar, pour la première fois dans l’Histoire de l’Allemagne, a fixé les libertés individuelles, la liberté de correspondance et d’expression et a aboli la censure. Mais en 1920, en pleine crise économique, de nombreux journaux ont commencé à fermer. Le gouvernement subventionnait la presse en fonction de son soutien à la ligne officielle.

Seulement trois ans plus tard, a été promulguée la loi sur la protection de la République, qui a neutralisé l’article 118 de la Constitution relative à la liberté d’expression. En 10 ans, cette loi a donné lieu à quelques milliers de procès en justice contre la presse qui ont abouti à des amendes, l’emprisonnement de journalistes et l’interdiction d’organes de presse. Vers 1932, plus de 300 journaux ont été interdits.

La première page du journal du parti NSDAP Völkischer Beobachter datée du 31 janvier 1933. Titre: «La SA défile sous la porte de Brandebourg», à droite un portrait d'Adolf Hitler.
La première page du journal du parti NSDAP Völkischer Beobachter datée du 31 janvier 1933. Titre: «La SA défile sous la porte de Brandebourg», à droite un portrait d'Adolf Hitler.
© AP Photo, Heribert Proepper

En raison de la guerre perdue, de la crise et des tendances dépressives dans la société, les journaux publiés par les mouvements nationalistes sont devenus populaires. On peut noter le journal du NSDAP Völkischer Beobachter et le magazine des membres du parti Der Angriff, fondé par Joseph Goebbels en 1927. Der Stürmer, publié par l’antisémite fervent Julius Streicher, devenu plus tard Gauleiter de Franconie, se distinguait par son radicalisme. Le journal a accusé les juifs de tous les crimes consécutifs, a publié des plaintes émanant même de patients des hôpitaux psychiatriques et des caricatures pornographiques de «non-aryens».

En parallèle, de grands industriels achetaient les médias. C’est à ce moment qu’a été créé le Trust Hugenberg dont les journaux sont devenus le pilier du national-socialisme. En seulement une décennie, Alfred Hugenberg est devenu propriétaire de la presse berlinoise, absorbant le groupe d’August Scherl, ainsi que les journaux provinciaux, les publications publicitaires, l’agence de presse Telegraphen Union (TU) et la société de production cinématographique UFA. Avec tous les leviers économiques et d’information entre ses mains, il a joué un rôle important dans l’accession d’Hitler au pouvoir.

L’homme d'affaires et homme politique allemand Alfred Hugenberg (à gauche), décembre 1932
L’homme d'affaires et homme politique allemand Alfred Hugenberg (à gauche), décembre 1932
© Domaine public

En juillet 1931, l’état d’urgence a été déclaré en Allemagne, ce qui a permis aux autorités de sévir contre les journaux de l’opposition et de donner le feu vert à «leur» presse. Les médias ayant des opinions autres que celles des nazis ont commencé à fermer: Volksstimme, Volksfreund, Volksblatt, Volkswacht et autres. Les sociaux-démocrates ont publié un mémorandum sur les actions terroristes des membres du NSDAP. Ils y ont parlé des violences contre des journalistes qui ne sont pas d’accord avec les idées du nazisme. 14 rédactions, 11 journalistes et vendeurs de presse ont alors été touchés.

Arrivée d’Hitler au pouvoir: sept articles de la Constitution en moins

Le 30 janvier 1933, le Président allemand Paul von Hindenburg a cédé à la pression des grands industriels et a nommé Hitler chancelier du Reich. Le 4 février, il a publié un décret sur la protection du peuple allemand, qui limitait la liberté de la presse et de rassemblement. Le 28 février, en réponse à l’incendie criminel du Reichstag par les nazis, le Président a signé le décret sur la protection du peuple et de l’État. L’objectif déclaré était de lutter contre les communistes, accusés d’incendie criminel, mais en réalité, le décret allait beaucoup plus loin. Sa première partie a annulé sept articles de la Constitution, restreignant les droits et libertés personnels, la liberté d’expression, de la presse, de rassemblement, et a autorisé la lecture de la correspondance et les écoutes téléphoniques.

Le 13 mars, a été créé le ministère de l’Éducation du peuple et de la Propagande avec Joseph Goebbels à sa tête. Walther Funk, ancien rédacteur en chef du grand journal économique Berliner Börsen-Zeitung, est devenu le secrétaire d’État du ministère. Désormais, les fonctions de la presse n’étaient pas tant d’informer que d’instruire. Selon l’idée de Goebbels, la presse devait devenir un instrument de musique entre les mains du gouvernement, qui influencerait la conscience de masse.

Aujourd’hui, Goebbels serait qualifié d’homme de relations publiques de talent. Pendant longtemps, il ne pouvait pas se trouver dans le journalisme, jusqu’à ce qu’en 1925 il ne rejoigne les nazis. Mettant son talent au service d’Hitler et de son parti, Goebbels est devenu le porte-parole du national-socialisme. Peu de temps après la création du nouveau ministère, il a déclaré:

«Le ministère de la Propagande n’est pas une institution administrative. C’est un ministère pour le peuple, et le peuple y sera toujours le bienvenu. Il n’y aura jamais de notion de bureaucratie dans cette maison. [...] On peut arroser de feu avec des mitrailleuses son ennemi jusqu’à ce qu’il reconnaisse la supériorité des mitrailleurs. C’est un moyen plus simple. Mais on peut aussi refaire la nation par la révolution de l’esprit et ainsi ne pas détruire, mais même attirer l’ennemi à nos côtés. Nous, les nationaux-socialistes, avons choisi la deuxième voie et nous allons continuer sur cette voie.

Le ministre de la Propagande du Reich, Joseph Goebbels, lit à la radio l'appel d'Adolf Hitler au peuple allemand sur l'entrée des troupes allemandes en Autriche, le 12 mars 1938
Le ministre de la Propagande du Reich, Joseph Goebbels, lit à la radio l'appel d'Adolf Hitler au peuple allemand sur l'entrée des troupes allemandes en Autriche, le 12 mars 1938
© AP Photo

La montée en puissance du Troisième Reich: 2.300 journaux sous contrôle

Toutes les institutions liées au marché de l’information allemand étaient subordonnées au ministère de la Propagande. «Pendant toute la période entre 1933 et 1945, la fonction du département de presse allemand (IVe département du ministère de la Propagande, ndlr) était de surveiller l’ensemble de la presse du pays et de lui donner des directives, avec l’aide desquelles ce département est devenu un outil efficace entre les mains des dirigeants», a déclaré dans sa déposition au tribunal de Nuremberg le présentateur de radio et propagandiste allemand Hans Fritzsche, qui en 1938-1942 a dirigé le IVe département. Selon lui, plus de 2.300 quotidiens allemands étaient sous son contrôle.

«Le but de cette surveillance et de ce contrôle pendant les premières années après 1933 était de changer fondamentalement les conditions qui existaient dans la presse avant la prise du pouvoir, a souligné Fritzsche. Cela signifiait coordonner et incorporer dans le nouvel ordre tous les journaux et magazines qui étaient au service des intérêts capitalistes privés ou de la politique des partis. [...] Le chef du département de la presse allemande donnait tous les jours des conférences de presse au ministère pour les représentants de tous les journaux allemands. De cette façon, toutes les instructions ont été données aux représentants de la presse.»

Caricature de Boris Efimov «Source d'information inépuisable». Image tirées des archives familiales de l'artiste
Caricature de Boris Efimov «Source d'information inépuisable». Image tirées des archives familiales de l'artiste

«De cette façon et puisque la situation politique du moment l’exigeait, l’ensemble la presse allemande fut, grâce au service de la presse allemande, transformée en un instrument permanent du ministère de la Propagande, a déclaré l’adjoint du procureur général américain Drexel Sprecher citant la déposition de Fritzsche au procès de Nuremberg, en parlant de la responsabilité individuelle de cet accusé. Ainsi, la presse allemande tout entière était subordonnée aux buts politiques du gouvernement. Cela fut manifeste dans certaines polémiques de presse faites au moment opportun et avec une présentation particulière, pour avoir le maximum d’efficacité, comme nous le montre l’énumération des sujets suivants: La lutte des classes à l’époque du "système" de Weimar; Le principe du chef (Führerprinzip) et l’État autoritaire, Le Parti et les intérêts politiques à l’époque du "système" de Weimar, Le problème juif, La conspiration de la juiverie mondiale, Le danger bolchevique, La démocratie ploutocratique à l’étranger, Le problème racial en général, L’Église, La misère économique à l’étranger, La politique étrangère, L’espace vital (Lebensraum)».

Selon Sprecher, le service de la presse allemande «était l’instrument qui servait à subordonner la presse allemande tout entière aux buts politiques du gouvernement».

Tout le monde ne pouvait pas devenir journaliste, mais seulement ceux qui étaient enregistrés et ont suivi une formation à la chambre de presse. En juillet 1933, plus de 1.500 éditeurs n’étaient plus en mesure de faire leur travail. Deux ans plus tard, l’enregistrement ne suffisait plus: tous ceux qui voulaient travailler dans l’information devaient rejoindre les rangs du parti nazi et prêter serment.

«Chaque matin, les éditeurs des quotidiens berlinois et les correspondants de journaux publiés dans d’autres villes du Reich se réunissaient au ministère de la Propagande pour écouter les instructions du docteur Goebbels ou de l’un de ses adjoints: quelles nouvelles imprimer et lesquelles ne pas publier, comment présenter un article et l’intituler, à quelles campagnes mettre fin et lesquelles déployer, quels sujets sont le plus d’actualité pour les mettre à la Une, écrit dans son livre Le Troisième Reich: des origines à la chute le journaliste américain William Shirer, qui a travaillé pendant plusieurs années dans l’Allemagne nazie, puis a couvert le procès de Nuremberg. Afin d’éviter tout malentendu, une directive écrite a été émise pour la journée, ainsi que des instructions orales. Pour les petits journaux et titres de presse ruraux, les directives étaient envoyées par télégraphe ou par courrier.»

La loi sur la presse du 4 octobre 1933 a déclaré le journalisme comme une profession publique. Elle disposait que les éditeurs devaient avoir la nationalité allemande, une descendance aryenne et ne pas être mariés à des juifs.

L’article 14 a ordonné aux éditeurs «de ne pas publier dans les journaux ce qui induit en erreur le lecteur, confond les objectifs égoïstes avec les objectifs publics et conduit à un affaiblissement du pouvoir du Reich allemand de l’intérieur ou de l’extérieur, à la destruction de la volonté du peuple allemand, de la défense de l’Allemagne, de sa culture et de son économie, ainsi que tout ce qui porte atteinte à l’honneur et à la dignité de l’Allemagne».

«Une telle loi, si elle avait été promulguée avant 1933, aurait signifié l’interdiction des activités de tous les éditeurs nazis et de la publication de tous les titres de presse nazis dans le pays, écrit William Shirer. Maintenant, elle a conduit à la fermeture des magazines et à l’expulsion des journalistes qui ne voulaient pas être au service des nazis.»

Des milliers de journalistes dans les camps de concentration

Le chef de la maison d’édition du parti nazi Eher-Verlag était le commandant d’Hitler pendant la Première Guerre mondiale, Max Amann. Il est devenu le dictateur financier de la presse allemande et, en tant que président de la Chambre de la presse du Reich, avait le droit d’interdire tout journal afin de l’acheter plus tard à petit prix. En peu de temps, Eher-Verlag est devenu un immense empire. Le revenu personnel d’Amann est passé de 108.000 marks en 1934 à 3,8 millions en 1942, note William Shirer.

Max Amann, membre du NSDAP, Reichsleiter pour la presse // Bundesarchiv, Bild 119-2186 / CC BY-SA 3.0 DE © o.Ang.
Max Amann, membre du NSDAP, Reichsleiter pour la presse // Bundesarchiv, Bild 119-2186 / CC BY-SA 3.0 DE © o.Ang.

«Après l’arrivée au pouvoir du parti en 1933, les propriétaires de nombreuses maisons d’édition, telles que la maison d’édition de la famille Ullstein, ou celles contrôlées par des juifs et servant des intérêts politiques et religieux hostiles au parti nazi, ont jugé bon de vendre leurs journaux ou leurs actifs à Eher, a déclaré Amann dans son témoignage devant le tribunal de Nuremberg. Il n’y avait pas de marché libre pour vendre ce type de propriété, donc Eher-Verlag était en règle générale le seul acheteur. [...] Il est à mentionner que l’objectif principal du programme nazi en matière de presse était d’abolir toute presse qui s’opposait au parti.»

En avril 1934, Max Amann a publié un décret sur l’égalisation des journaux. En réalité, le décret a complètement effacé le marché de la presse d’opposition. Cela a immédiatement affecté la qualité. En 1934, Amann et Goebbels ont demandé aux éditeurs loyaux de rendre la presse plus diversifiée. L’éditeur de l’hebdomadaire Die Grüne Post, Ehm Welk, a pris cette demande au sérieux et a reproché au ministre de la Propagande de porter atteinte à la liberté de la presse et de faire pression sur celle-ci. Cette franchise s’est retournée contre lui: le journal a été fermé pour trois mois et l’éditeur a été envoyé dans un camp de concentration.

Auparavant, c’est Carl von Ossietzky, rédacteur en chef de l’hebdomadaire Die Weltbühne, qui s’y est retrouvé. Fervent pacifiste, il est arrêté le 28 février 1933 et jeté dans la prison de Spandau à Berlin, puis transféré dans les camps de Sonnenburg et d’Esterwegen-Papenburg. En 1936, von Ossietzky a reçu le prix Nobel de la paix. Les nazis ont essayé de lui faire refuser le prix, mais il n’a pas cédé à la pression. La propagande allemande a alors déclaré que le lauréat était libre et pouvait se rendre à Oslo, mais il n’a pas pu obtenir son passeport pour aller à l’étranger et la presse a commencé à le persécuter en tant que traître. Le reste de sa vie, von Ossietzky l’a passé sous la surveillance de la Gestapo dans un hôpital de Berlin, où, le 4 mai 1938, il est mort de la tuberculose contractée en prison.

Carl von Ossietzky, pacifiste allemand, antifasciste et lauréat du prix Nobel de la paix en 1935. // Bundesarchiv Bild 183-93516-0010
Carl von Ossietzky, pacifiste allemand, antifasciste et lauréat du prix Nobel de la paix en 1935. // Bundesarchiv Bild 183-93516-0010

Le sort de Theodor Wolff, rédacteur en chef du journal Berliner Tageblatt, a été un peu moins tragique: il a réussi à fuir en France. Après l’occupation du pays par les nazis, Wolff a été extradé vers l’Allemagne, où il est mort le 23 septembre 1943 à l’hôpital juif de Berlin. Le futur Président fédéral d’Allemagne, Theodor Heuss, a pu se sauver parce qu’au lieu d’articles politiques critiques, il a publié des essais biographiques et historico-culturels.

Au moins un millier de journalistes allemands ont été envoyés dans les camps, au moins 300 d’entre eux sont morts. Parmi les journalistes tués dans les pays occupés, il convient de mentionner tout d’abord le Tchèque Julius Fucik, qui, étant déjà dans les cachots de la Gestapo, a écrit le livre Écrit sous la potence (Reportáž psaná na oprátce).

Au total, vers 1935, environ un millier et demi de titres de presse ont cessé d’exister. Vers 1944, sur 4.700 journaux et magazines publiés avant l’arrivée au pouvoir des nazis, il n’en restait que 977 et leur diffusion a diminué.

 

Quelques survivants

En raison du décret sur l’égalisation des journaux, les titres de presse liés d’une manière ou d’une autre aux confessions chrétiennes ont été interdits. Tout d’abord, il s’agissait des journaux catholiques, fondés à l’époque des Lumières, qui, dans les années 1930, ont soutenu des partis centristes.

Désormais, les juifs et les communistes n’étaient plus autorisés à travailler dans la presse et les journaux ne pouvaient pas accepter les dons des groupes industriels. En premier lieu, ce sont les journaux de gauche qui en ont souffert, mais ensuite les répressions ont touché d’autres courants politiques.

Appartenant à la famille Ullstein, la Vossische Zeitung a été l’une des premières à être fermée: le 1er avril 1934. Ce journal a été appelé la «bible du libéralisme allemand». Des publicistes célèbres tels que Stefan Grossmann ou Thomas et Heinrich Mann ont travaillé pour ce journal qui a cessé son existence après qu’Hermann Ullstein a entendu derrière les portes fermées de son bureau des soldats nazis qui ont envahi le bâtiment et criaient: «Tous les juifs dehors!»

Le Berliner Tageblatt, un autre journal libéral de renommée mondiale, a tenu un peu plus longtemps, jusqu’en 1939, bien que son propriétaire, Hans Lachmann-Mosse, ait été contraint de renoncer à sa part du capital au printemps 1933. Le Frankfurter Zeitung a continué à paraître après avoir rompu avec son ancien propriétaire. Le nouvel éditeur était Rudolf Kircher, anglophile et libéral passionné mais en même temps serviteur loyal des nazis.

Le fait que plusieurs journaux libéraux aient survécu s’explique par l’intervention du ministère des Affaires étrangères qui voulait avoir une vitrine à l’étranger et des moyens de propagande auprès du public à l’extérieur du pays.

L’interdiction de la presse d’opposition n’a pas conduit à sa disparition. Suivant la tradition qui existait dans l’Empire allemand, de nombreux titres de presse allemands se sont installés dans les pays voisins: la Tchécoslovaquie, la France, la Suède et le Royaume-Uni. C’était le cas des journaux sociaux-démocrates (Vorwärts!, Zeitschrift für Sozialismus, Sozialistische Tribüne) et communistes (Die Rote Fahne, Deutsche Volkszeitung).

Le sort des journaux qui ne voulaient pas se ranger du côté du parti au pouvoir, qui sont restés en Allemagne et résistaient à la fermeture, était bien triste. Le 10 mars 1933, dans la rédaction du journal social-démocrate Chemnitzer Volksstimme, les SA ont tué le propriétaire du journal et de l’imprimerie Georg Landgraf, qui a refusé d’obéir à leurs revendications. Deux semaines plus tard, le journal pro-catholique Fränkische Presse a publié une déclaration disant que les nouvelles, les reportages et les essais qu’il avait publiés «au fil des ans sur le NSDAP et en particulier sur le chef de celui-ci, ne correspondaient pas à la vérité, mais étaient destinés uniquement à ne pas donner aux gens la possibilité de voir la vérité et à affaiblir ainsi le NSDAP».

Journaux et tracts illégaux publiés par le Parti communiste allemand en 1933-1935
Journaux et tracts illégaux publiés par le Parti communiste allemand en 1933-1935
© Sputnik

Il y avait aussi une presse clandestine. C’est le cas du groupe de résistance La Rose blanche dont les membres étaient des étudiants et des professeurs de l’université de Munich. Pendant toute une année, ils ont mené des activités contre les nazis, en publiant des brochures. Les membres du groupe Kurt Huber, Hans et Sophie Scholl, Christoph Probst, Willi Graf et Alexander Schmorell ont été découverts et exécutés en 1943. Aujourd’hui en Allemagne, ils sont honorés en tant que héros nationaux et un mémorial commémoratif a été inauguré à l’université de Munich.

Sifflement traître

La radio et le cinéma ont également été mis au service de l’État nazi. En 1933, le gouvernement nazi est devenu propriétaire de la Société de radiodiffusion du Reich. Le département radio du ministère de la Propagande a été dirigé par le même Hans Fritzsche pendant plusieurs années. Le cinéma est resté aux mains des entreprises privées, mais le ministère de la Propagande et la Chambre du cinéma contrôlait tous les domaines de la production cinématographique.

Selon William Shirer, dans les deux cas, «le résultat a été le même: les Allemands se voyaient proposer des émissions de radio et des films aussi vides et ennuyeux que les quotidiens et les périodiques». La majorité des Allemands préféraient aux films nazis des rares films étrangers (principalement des productions hollywoodiennes de second ordre), dont la projection était autorisée par Goebbels.

Au milieu des années 1930, siffler des films allemands dans les cinémas est devenu si courant que le ministre de l’Intérieur Wilhelm Frick a émis un avertissement contre «le comportement traître de la part des spectateurs dans des cinémas». À son tour, le président de la Chambre de radiodiffusion, Horst Dressler-Andress, a déclaré que les critiques des émissions de radio étaient «une insulte à la culture allemande» et ne devraient pas être tolérées.

Cependant, de façon générale, la population a accepté favorablement les changements dans la presse.

«J’ai eu la chance de voir de mes propres yeux avec quelle facilité les fausses presse et radio prennent le contrôle des esprits dans un État totalitaire, se souvient William Shirer. Mais, contrairement à la plupart des Allemands, j’avais constamment accès aux journaux étrangers, qui arrivaient notamment de Londres, Paris et Zurich au lendemain de leur parution, j’écoutais régulièrement la BBC et d’autres stations de radio.»

Malgré la possibilité d’obtenir des informations de sources étrangères et la méfiance à l’égard des médias allemands, Shirer avoue que la propagande nazie l’a parfois également influencé.

«Quiconque n’a pas vécu dans un État totalitaire pendant des années ne peut tout simplement pas imaginer à quel point il est difficile d’éviter les conséquences désastreuses de la propagande réfléchie et systématique du régime au pouvoir, explique Shirer. Souvent dans la maison d’un ami allemand, dans un bureau ou lors d’une conversation informelle avec un inconnu dans un restaurant, un pub ou un café, j’entendais des déclarations plutôt étranges venant de personnes apparemment intelligentes. [...] Parfois, je m’empressais de leur dire cela, mais dans ce cas, je tombais sur un regard si incrédule ou rencontrais une telle réaction, comme si j’avais commis un terrible blasphème en leur présence. Et puis j’ai réalisé à quel point étaient vaines les tentatives d’établir un contact avec une personne à la conscience déformée, pour qui la réalité n’était que ce qu’Hitler et Goebbels lui avaient inspiré.»


Sources:
William L. Shirer, Le Troisième Reich: des origines à la chute.
Drexel Sprecher, De la responsabilité individuelle de Fritsche, Minutes de la séance du tribunal militaire international du 23 janvier 1946.
Presse in der Nazi-Zeit, Kusch wie ein Schosshündchen.

La rédaction remercie Jeanna Moskvina, candidate ès lettres, pour son aide dans la préparation de l’article