Adolf Hitler félicite le maréchal Wilhelm Keitel, chef d’état-major du Haut commandement de la Wehrmacht pour le quarantième anniversaire de son service militaire. Berlin, 23 mars 1941.
3 avril 1946
L’interrogatoire est mené par Otto Nelte, avocat de Keitel
«Nelte: Quelle était votre attitude de principe en tant que soldat, officier et général à l’égard des problèmes que vous aviez à traiter de par vos fonctions?
Keitel: J’étais soldat, je peux le dire, par inclination et par conviction. Pendant plus de quarante-quatre ans, sans interruption, j’ai servi ma patrie et mon peuple comme soldat et je me suis efforcé de toujours donner le meilleur de moi-même dans l’exercice de mon métier. [...] Je l’ai fait avec le même dévouement, que ce soit sous les ordres du Kaiser, du Président Ebert, du Feldmarschall von Hindenburg ou du Führer, Adolf Hitler.
Nelte: Quelle est votre attitude actuelle?
Keitel: [...] Il n’est pas toujours possible de discerner si l’on a consciemment commis une faute ou si l’on s’est laissé prendre dans la roue du destin. Du moins, il me paraît impossible d’imputer une faute au soldat de première ligne, aux sous-officiers et aux officiers subalternes qui étaient sur le front, tandis que les chefs importants déclineraient toute responsabilité. [...]
Nelte: Dans l’exposé des violations des lois de la guerre et dans la présentation des crimes contre l’humanité, le ministère public s’est référé constamment à des documents et à des ordres qui portent votre nom. [...]
Keitel: Il est exact qu’il y a un grand nombre d’ordres, d’instructions et de directives qui sont liés à mon nom, et il faut reconnaître également que de tels ordres s’écartent souvent des stipulations du droit international en vigueur. Par ailleurs, il existe également un certain nombre d’ordres et d’instructions qui ne sont pas fondés sur des motifs d’ordre purement militaire, mais sur des conceptions idéologiques. [...]»
4 avril 1946
L’interrogatoire est mené par Otto Nelte, avocat de Keitel
«Nelte: Quand devint-il clair pour vous que Hitler était décidé à attaquer l’Union soviétique?
Keitel: [...] Une réunion des généraux s’est tenue durant la première partie du mois de mars, c’est-à-dire que les généraux furent convoqués au quartier général de Hitler et les explications qu’il donna alors eurent pour but de leur communiquer sa décision de procéder à ce déploiement de troupes, bien que l’ordre n’eût pas encore été donné. [...] Ces directives constituent le document PS-447 [plan Barbarossa - ndlr] et portent ma signature. [...] Des idées furent exposées sur l’administration et l’exploitation économique des territoires destinés à être conquis ou occupés. L’innovation consista dans la création de commissaires du Reich et d’administrations civiles. C’est le plénipotentiaire au Plan de quatre ans qui fut précisément désigné pour prendre la direction générale sur le plan économique. Mais le fait qui m’a paru le plus important et qui m’a le plus touché, ce fut que, bien que le commandant militaire eût le droit d’exercer les pleins pouvoirs dévolus à la puissance occupante, une nouvelle méthode fut instaurée qui donnait sur ces territoires –au Reichsführer SS Himmler– les pleins pouvoirs en matière d’opérations policières que l’on devait connaître par la suite. Je m’y opposai fermement car il me semblait impossible qu’il y eût deux autorités établies côte à côte. Il est dit ici en toutes lettres dans la directive: “L’autorité du Commandant en chef de l’Armée de terre n’ est nullement affectée par cette mesure.” C’était là une duperie complète et une illusion. Ce fut plutôt le contraire qui se produisit. [...] Je dois dire, il est vrai, que je ne peux invoquer à cet égard qu’un seul témoignage, celui du général Jodl qui fit les mêmes expériences que moi. [...] Ce n’est pas moi qui aurais pu donner de tels ordres.»
5 avril 1946
L’interrogatoire est mené par Hans Laternser, avocat de l’État-major général et du Haut commandement
«Laternser: Connaissez-vous un cas où Hitler ait demandé conseil à un chef militaire pour une affaire politique?
Keitel: Non, le cas ne s’est jamais présenté.
[...]
En règle générale, les commandants revenant du front assistaient au rapport en auditeurs muets et éventuellement faisaient un rapport à Hitler sur leur secteur et à ce moment-là –comme Kesselring l’a mentionné ici–, il y avait possibilité d’exprimer des opinions et d’échanger quelques points de vue. [...]
Laternser: Quelle était l’attitude de Hitler envers l’État-major général de l’Armée de terre?
Keitel: Les rapports de Hitler avec l’OKH n’étaient pas bons. On peut dire qu’il éprouvait une certaine méfiance à l’encontre de l’État-major. Il le trouvait trop présomptueux.»